C’est par la Fantaisie et fugue sur le nom de B.A.C.H., S.529/2 que débute ce CD entièrement consacré à une des plus grandes figures du piano romantique du XIXe siècle : Franz Liszt. Le compositeur de la Faust-Symphonie rend ici un hommage au grand Cantor de Leipzig en utilisant les lettres du nom du compositeur de la Messe en si et de la Passion selon Saint-Matthieu.

Franz Liszt édifie un saisissant portrait de Johann Sebastian Bach en partant de la Fantaisie, terminant ce prodigieux monument sonore par une fugue solennelle. La deuxième pièce de ce recueil est elle aussi un hommage, mais cette fois-ci l’hommage concerne Richard Wagner et son opéra composé en 1843 : Le Vaisseau fantôme. C’est sur le Chœur  des fileuses de cet opéra de Wagner que Franz Liszt imagine  une aérienne et féérique transcription pour le piano. Toujours dans le domaine de la transcription, Franz Liszt s’empare de Tristan et Isolde, un opéra également dû à Wagner et composé en 1865.Très inspiré, Franz Liszt sait avec beaucoup d’intuition et de sensibilité restituer l’intense passion des deux amants que la mort va réunir à jamais dans cet Isoldens Liebestod. S.447.Avec la Rapsodie hongroise No10 en mi majeur, S .244/10 nous changeons totalement d’atmosphère avec les réminiscences de folklore  hongrois donnant à cette Rapsodie hongroise No10 un caractère tourbillonnant. Avec Saint François de Paule marchant sur les flots. S.178, Franz Liszt décrit musicalement d’incroyables décors évoquant de manière triomphale, ésotérique, le miracle accompli par Saint François de Paule s’élançant sur les flots. L’œuvre se termine dans une sorte de marche baignée de lumière. Dernière œuvre concluant ce CD : l’étrange Sonate en si mineur, S.178. Cette Sonate composée en 1853 fait suite aux Etudes d’exécution transcendante G.139 qui elles, datent de 1851.De dimensions impressionnantes, cette Sonate

nous rappelle utilement que Franz Liszt est aussi l’inventeur du poème symphonique, ce qui peut expliquer les incroyables inflexions tant mélodiques qu’harmoniques que  chaque mouvement de cette Sonate véhicule. Un énigmatique et oppressant accord débute le premier mouvement intitulé Lento assai  qui va dérouler ses noires volutes jusqu’au second volet : un Andante sostenuto rêveur, semblant suspendu dans une dimension hors du temps. L’Allegro energico qui met un point final à cette étrange et révolutionnaire Sonate est plein d’une énergie farouche semblant vouloir nous attirer vers d’improbables horizons.

Avec ce CD intégralement voué à Franz Liszt, Roger Muraro que l’on a tendance à cataloguer un peu hâtivement comme spécialiste de Messiaen, se révèle comme un authentique lisztien, totalement  immergé dans l’univers pianistique d’un compositeur auteur d’une œuvre  colossale dédiée au piano. Remarquable dans la Fantaisie et fugue sur le nom de B.A.C.H, Tristan et Isolde (Isoldens Liebestod), la Rapsodie hongroise No10, Saint François de Paule marchant sur les  flots, Roger Muraro sait se hisser au niveau des grandes interprétations du passé pour la Sonate en si mineur, S.178.
Pour cette dernière œuvre de Franz Liszt qui conclut ce CD, il ne serait pas inopportun de penser que dans cette fameuse Sonate, Roger Muraro qui se perfectionna auprès de Paul Badura-Skoda, France Clidat, György Sandor et Nikita Magaloff, par son jeu subtil, éclatant, peut rejoindre Claudio Arrau, Alfred Brendel ou Clifford Curzon. 

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