Si Robert Schumann n'a écrit qu'un seul concerto pour piano, Franz Liszt n'a pas consa­cré plus d'une sonate à son instrument fétiche. Comme s'il ne pouvait envisager d'aller au-delà de cet Everest pianistique aux vertigineux à-pics et aux périlleuses glissades chromatiques. Subjuguante et virtuose, l'interprétation du pianiste lyonnais Roger Muraro en fait ressortir toutes les arêtes, et met ainsi en valeur la radicalité de ce chef-d'oeuvre visionnaire, élaboré en 1853 et créé publiquement quatre ans plus tard. Dédiée à Schumann qui, déjà interné dans un asile d'aliénés, n'était plus en état de la comprendre, sévèrement jugée par Clara, épouse du dédicataire, qui n'y vit que « du bruit », la Sonate en si mineur fut, dans l'ensemble, fort mal accueillie par la critique de l'époque.

Sans qu'il soit besoin de la réhabiliter, Roger Muraro en fait l'aboutissement d'un programme d'une belle cohérence, où les différentes facettes et obsessions de Liszt (l'admirateur éperdu de Jean-Sébastien Bach, le transcripteur de Wagner, le catholique mystique, l'amateur-réinventeur des musiques de sa Hongrie natale) se juxtaposent avant de fusionner dans l'oeuvre qui, d'une certaine manière, les synthétise toutes.

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